Un chapitre douloureux de l'histoire coréenne
A Taxi Driver, réalisé par Jang Hoon en 2017, raconte l'histoire vraie d'un chauffeur de taxi séoulien, Man-seob, qui transporte un journaliste allemand, Jurgen Hinzpeter, jusqu'à Gwangju en mai 1980, au coeur du soulèvement populaire brutalement réprimé par l'armée. Song Kang-ho, dans le rôle principal, livre une performance bouleversante oscillant entre humour et tragédie.
Le film est bien plus qu'un simple divertissement : c'est un devoir de mémoire envers les victimes du massacre de Gwangju, un événement fondateur de la démocratie coréenne longtemps occulté par le pouvoir. En montrant ces événements à travers les yeux d'un citoyen ordinaire, le film rend l'histoire accessible et profondément humaine.
Avec plus de 12 millions d'entrées en Corée du Sud, A Taxi Driver est devenu l'un des plus grands succès du box-office coréen, prouvant que le public reste avide de connaître et de comprendre son propre passé.
Gwangju, ville de mémoire
La place Geumnam-ro, artère principale de Gwangju, est le lieu le plus symbolique du soulèvement de 1980 et du film. C'est ici que des centaines de milliers de citoyens se sont rassemblés pour réclamer la démocratie. Aujourd'hui, l'avenue est bordée de mémoriaux et de plaques commémoratives qui retracent les événements de mai 1980.
L'ancien bâtiment provincial de Jeolla, transformé en mémorial, a été le théâtre des derniers jours du soulèvement. Les traces de balles sur la façade témoignent encore de la violence de la répression. La visite de ce site, accompagnée d'un guide, permet de comprendre la portée historique de ces événements dans la construction de la Corée du Sud moderne.
La gare de Séoul, point de départ du voyage de Man-seob dans le film, rappelle que les événements de Gwangju ont été longtemps ignorés par le reste du pays, les médias étant alors contrôlés par le régime militaire. Le contraste entre l'insouciance de Séoul et l'horreur de Gwangju est l'un des thèmes centraux du film, et ce contraste reste palpable lors d'un voyage entre les deux villes.
Coulisses du tournage
A Taxi Driver a exigé une préparation historique et émotionnelle sans précédent pour son équipe. Le réalisateur Jang Hoon a rencontré les familles des victimes du soulèvement de Gwangju avant de commencer le tournage, s'engageant à représenter les événements avec la plus grande fidélité possible. Des témoignages de survivants ont directement nourri plusieurs scènes du film. Song Kang-ho a rencontré le fils du vrai chauffeur de taxi Man-seob pour comprendre la personnalité de son père et capturer ses tics de langage et ses habitudes. Le journaliste allemand Jurgen Hinzpeter, dont le personnage est incarné par Thomas Kretschmann dans le film, a lui-même collaboré à la production jusqu'à sa mort en 2016, peu avant la sortie du film. Les scènes de manifestation, filmées dans les rues de Gwangju avec des centaines de figurants, ont été organisées avec la collaboration d'associations de défense des droits humains qui voulaient s'assurer que la mémoire collective était respectée. Le département des effets visuels a reconstitué numériquement le Gwangju de 1980 pour les plans larges, intégrant les décors construits en studio avec des extensions numériques du paysage urbain d'époque. La scène de poursuite en taxi dans les rues de Gwangju, l'une des plus intenses du film, a nécessité vingt jours de tournage pour sept minutes à l'écran, coordonnant quarante voitures, deux cents figurants et une équipe de cascadeurs spécialisés en conduite acrobatique.
Guide de voyage
Gwangju, cinquième ville de Corée du Sud avec ses 1,5 million d'habitants, est accessible depuis Séoul par KTX en environ 1h40 jusqu'à la gare de Gwangju-Songjeong, ou par le KTX SRT en utilisant la ligne au départ de la gare de Suseo. La ville est fière de son histoire démocratique et a développé un circuit de mémoire exceptionnel autour des événements de mai 1980. Le Mémorial 5.18, au coeur du boulevard Geumnam-ro, est le point de départ incontournable : ses expositions permanentes retracent les dix jours du soulèvement avec des archives photographiques et vidéo exceptionnelles. L'entrée est gratuite. L'ancien bâtiment provincial de Jeolla, aujourd'hui transformé en Musée national d'art asiatique, est lui aussi accessible librement et ses façades portent encore les marques de la répression. Le Cimetière national du 18 mai, à la périphérie de la ville, est le lieu de sépulture des victimes du soulèvement et un espace de recueillement d'une dignité apaisante. Prévoyez une journée complète pour explorer le circuit mémoriel de Gwangju, et une demi-journée supplémentaire pour découvrir la scène gastronomique et artistique contemporaine de la ville, qui organise régulièrement la prestigieuse Biennale d'art de Gwangju.
Pèlerinage des fans
A Taxi Driver a créé un pèlerinage mémoriel unique qui dépasse le simple cadre du fandom cinématographique. Beaucoup de visiteurs viennent à Gwangju avec une double motivation : l'admiration pour le film et un devoir de mémoire envers les victimes de 1980. Le Mémorial 5.18 reçoit chaque année des milliers de visiteurs étrangers, notamment des journalistes, des défenseurs des droits humains et des étudiants venus comprendre comment une démocratie peut naître du sacrifice. Des cérémonies annuelles organisées le 18 mai rassemblent des dizaines de milliers de personnes sur le boulevard Geumnam-ro, dans une atmosphère à la fois solennelle et vivante qui mêle discours politiques, concerts de musique coréenne traditionnelle et contemporaine, et exhibitions d'art engagé. Des associations de familles de victimes accueillent parfois des groupes de visiteurs pour partager leurs témoignages personnels. Pour les fans du film spécifiquement, les associations culturelles de Gwangju organisent des projections accompagnées de discussions avec des historiens et des témoins directs, offrant une dimension d'approfondissement rare pour un pèlerinage cinématographique. La statue de Song Kang-ho installée près du Mémorial est devenue un point photo populaire pour les admirateurs de l'acteur.
Gastronomie et attractions voisines
Gwangju est universellement reconnue en Corée comme la capitale gastronomique du pays, et ses spécialités méritent une dégustation approfondie. Le jeon (crêpes coréennes épaisses aux légumes, kimchi ou viande) de Gwangju est réputé pour sa pâte légère et ses garnitures généreuses, à déguster dans les restaurants traditionnels autour du marché de Yangdong. Le doganji-tang (soupe de rognons de porc) et le pork hock sont des spécialités locales populaires parmi les habitants. Les géchang, petits crustacés fermentés à la sauce soja, accompagnent idéalement un bol de riz blanc dans les restaurants familiaux du centre-ville. La bière artisanale de Gwangju, brassée par des jeunes entrepreneurs locaux, connaît un essor notable avec plusieurs brasseries proposant des visites et des dégustations. Pour les activités culturelles, la Biennale de Gwangju, l'une des plus importantes expositions d'art contemporain d'Asie, transforme la ville tous les deux ans en un carrefour artistique international. Le Mudeungsan National Park, montagne tutélaire de Gwangju accessible à pied depuis le centre-ville, offre des randonnées forestières dans des paysages préservés d'une grande beauté, idéales pour équilibrer une journée de visites historiques par une immersion dans la nature.